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585989 Publié le 18/11/2002 à 21:16  (suite de "Juste essoufflé 2") | 585989 Publié le 18/11/2002 à 21:18  | 585989 Publié le 18/11/2002 à 21:19  Je suis donc en sixième au lycée Ingres et laïque de Montauban, avec un prof de français nommé Gurban, jeune qui comprend pas mon an d’avance, et a surtout comme but de me le faire payer. On rencontre, dans la vie, des gens abrutis, des mecs mauvais comme tu aurais jamais imaginé. C’ est un peu incroyable, ça te trouble la perception, mais ils existent : faut faire avec, paraît-il… Excédé par ce ducon, qui m’emmerdait tous les matins, je lui balance mon cartable en travers de sa sale tronche, un jour de colère. Conseil de discipline, de fait : j’y suis pas allé, écouter mon renvoi était l’affaire des parents. Tout ça pour me refiler aux curés… Saint Théodard, boîte à curés célèbre. Adorables… ……………. | 585989 Publié le 18/11/2002 à 21:23  Sorry: ce post était déjà là... | 585989 Publié le 18/11/2002 à 21:24  Là, il faut que je prenne le temps : j’ai penchant à des ellipses dont je suis le seul à connaître les clefs. Saint-Théodard est une école célèbre : de fait . Tous ceux qui ont vu « Le vieux fusil » en connaissent les couloirs, dans lesquels Philippe Noiret faisait le chirurgien. Pour le film, la scène de la distribution des prix se passe dans la vraie cour de mon vrai bahut, avec comme distributeur un vrai curé que j’ai bien connu… Son surnom était « Laveur », et je ne crois pas salir sa famille en avouant qu’il était ainsi dénommé parce qu’il puait comme un renard. C’était une vraie infection, et dans les longs couloirs de la maison, il ouvrait facilement sa voie, au plus fort des embouteillages, comme un brise-glace impassible. Son sillage était large, aussi, juste occupé des quelques nouveaux qui n’en connaissaient pas encore les relents. Pendant une année toutefois il faillit à sa réputation : le pauvre homme fut percuté par le cercueil de sa propre tante, qu’il accompagnait vers le repos éternel dans un corbillard motorisé mais instable, côté passager. Gravement blessé par ce choc mortifère, « Laveur » n’en fut pas moins énergiquement désinfecté par un personnel médical suffoqué, pour notre plus grand soulagement. Je passe sur les blagues que nous fîmes sur la fragilité post-mortem de l’odorat de ladite tata… …….. | 585989 Publié le 18/11/2002 à 21:25  Admis dans cette école de bonne foi, après que mon père y eut vécu sa guerre, je trouvai là des repères génétiques. Des personnages uniques peuplaient le navire. Un de mes favoris était l’ « octohydrographe », ce brave homme qui balayait continuellement les couloirs de planchers, et ainsi dénommé par notre pédante jeunesse parce qu’il faisait des huit avec son arrosoir… Il était aussi gentil qu’abruti, et tout le monde l’aimait : le premier nouveau qui aurait eût l’idée de le moquer se fût illico vertement fait rappeler à l’ordre. Nous avions nos tendresses… Par contre, nos chers curés jouissaient à l’envi de notre bêtise. Bien que je parle des années soixante-dix, ils persistaient, contre tout avis vétérinaire et sanitaire, à élever un cochon dans un cul de basse fosse proche des cuisines, où celui-ci profitait de restes que nous trouvions parfois trop copieux . Les pompiers montalbanais doivent encore se demander pourquoi ils furent un soir appelés à déloger un verrat des greniers du bahut, comme ils avaient plutôt l’habitude de faire pour les petits chats. Faut dire que le suidé avait l’humeur alpiniste. Je me souviens que nous fûmes nombreux dans l’affaire, et donc très solidaires. | 585989 Publié le 18/11/2002 à 21:26  …… J’ai beaucoup aimé cette école, et je pourrais passer ma vie à la raconter ; de longs bâtiments napoléoniens ombragés de platanes débonnaires étaient agrémentés de trois immenses cours : petits (sixièmes et cinquièmes), grands (les autres), et privilégiés : pensionnaires et anciens de tous ordres sachant transgresser la règle. Reconnaissons que la deuxième n’offrant aucun intérêt, elle était souvent désertée : intitulée « cour d’honneur », trop policée, elle n’offrait aucun recoin propice, stupidement vaste et carrée ; c’est justement celle du film cité plus haut… La cour des petits nous proposait par contre plusieurs paradis. D’une part, une sorte de couloir entre le mur de la chapelle et une murette inutile, de trois mètres de large, permettait des parties de foot passionnantes, pour peu que nous utilisâmes une balle de tennis. Les frictions étaient violentes à souhait et les règles fluctuaient selon la grande gueule des joueurs. Il y avait aussi le « petit fronton » : bête préau muni d’une ligne horizontale, contre lequel nous évaluions notre rapidité à relancer la balle. Si, si, j’étais très fort… Avant de connaître mon maître contre le « grand fronton », mais ce sera pour plus tard. Revenons en sixième et : ….. Arrêt sur image : Je suis dans l’étude calme que je découvre après la violence du lycée ; les choses ronronnent, il fait bon et je regarde, paisible, ce grand curé qui chaloupe vers moi, avec sa bonne tronche de paysan. Le bœuf en question te me décoche un swing terrible qui m’arrache la tête : « Les ruminants, à l’étable !! » Flûte ! j’avais un chewing-gum… Quarante ans plus tard, j’en ai encore l’oreille gauche qui zonzonne… ……. | 575768 Publié le 18/11/2002 à 21:26  ohhhhhhhhhhhh! 8-) | 519142 Publié le 18/11/2002 à 21:33  Nous abordons le curé d'une manière fort différente.... continue poisson infernal, c'est comme au cinéma. Génial | 634723 Publié le 18/11/2002 à 22:04  un vrai régal, et dire qu'il est juste essoufflé!!!!! seigneur quel coffre, souffles carlow, souffles.....nous on aime | 585989 Publié le 18/11/2002 à 22:07  Chacun de ces curés était muni d’une arme redoutable ; un petite clochette d’airain ne quittait jamais leur main ; ding ! tu avances ; ding ! tu t’arrêtes ; ding ! tu entres en classe ; dong ! tu te frottes la tronche parce que tu as parlé dans le rang et que Zorro t’as chopé et filé, avec souplesse, un bleu mais jamais de sang : mais bordel, comment fait-il avec sa clochette !! Zorro, c’est le veau ci-dessus, ainsi surnommé parce qu’on ne l’entend jamais arriver. Préfet de discipline, qu’il est ; c’est bizarre, mais son quintal et sa souplesse en imposent aux plus terribles. Evidemment que nous les surnommions tous : L’infernal Goupil supervisait les études tranquilles du soir, au cours desquelles s’en passaient de belles. Ainsi était-il appelé à cause de son infaillible astuce, que j’ai eu l’honneur de mettre en défaut. Je te raconte : Un soir, je fabriquais des « moussègues », qui sont un zig-zag de papier que tu prépares, bien serrées, pour qu’elles volent bien grâce à l’élastique idoine… Ayant à peine levé les yeux, je te me vois mon Goupil qui m’observe par l’angle mort de la fenêtre de l’étude… bon, je continue mon œuvre coupable comme « un qui ferait rien de répréhensible ». Le Goups déboule, me décharne devant tout le monde et m’impose d’ouvrir le pupitre d’infamie. Ce que je fais d’autant plus tranquille que, profitant des dix secondes nécessaires à son tour du bâtiment, j’ai refilé le matos au frère derrière moi. « Mais, mon père, voyez : je roule un tube de papier pour ma leçon de physique, demain » : ce qui tombait vrai !!! Le juste bouquin était ouvert à la juste page : le vent ! Quel bol. Il a essayé de me faire avouer pendant les six ans qu’il a été mon « directeur de conscience », écœuré, ou touché, d’avoir failli à sa réputation. J’ai jamais su, mais j’ai apprécié le bonhomme…. | 377116 Publié le 18/11/2002 à 23:50  Carlow j adore ta façon de raconter!! :o) | 585989 Publié le 19/11/2002 à 01:19  Ces curés étaient tous sympas ; mais si, ils étaient sympas ; la preuve : lorsque l’Etat contractuel avait voulu leur imposer la mixité, vers soixante-dix, ces braves innocents crurent devoir commencer par les… terminales ! Ben dame ! Ils ont vite arrêté, pincés devant l’augmentation inattendue mais bien réelle de leur population « scolaire », et donc des demandes en mariage. Victoiiiiiire, tu règneraaaaaaaas, oh chriiiiiiiist tu nous sauveraaaas…. Ouhais. Pendant que « Laveur » se donnait ses vapeurs, nous, on jouait discrètement au poker entre deux cuisses, tout en n’oubliant pas de bouger les lèvres. Risqué, le truc ! et hebdomadaire et obligatoire, en plus ! Je ne sais toujours pas pourquoi, je n’ai jamais pu adhérer au truc ; ce n’est certainement pas faute d’avoir été abreuvé… …… | 585989 Publié le 19/11/2002 à 01:22  merci, max, sympa... ~~ ><(((°>°° °°<°)))><~~ | 519142 Publié le 19/11/2002 à 06:36  Bravo..... | 539788 Publié le 19/11/2002 à 07:10  super... | 616592 Publié le 19/11/2002 à 18:51  bah je le trouve pas essouffle du tout notre ami. C'est chiant les gens qui ecrivent bien, ceci dit, c'est raffraississant à souhait, mais, chut ne le derangeons pas et attendons la suite. Bravo. | 585989 Publié le 19/11/2002 à 21:37  A propos des terminales intégrées, féminines diablesses dans un monde asexué, du croustillant est disponible : Un jour, en cours de sciences naturelles, une manipulation des microscopes optiques était l’exercice défini… pour l’observation, un frottis buccal fut proposé comme matériau aussi disponible qu’aisé à se procurer. Une de ces intégrées, col caroline et jupe plissée de rigueur, ayant fourni pudiquement la matière, eut la surprise d’observer dans la lunette de bizarres nageurs flagellants. Sous l’œil amusé du fournisseur et de ses complices, il lui fut conseillé, par le curé scientifique mais pudique et responsable de la leçon, de veiller à se rincer les dents avant les cours… Finesse des blagues potachières. | 585989 Publié le 19/11/2002 à 21:38  Zorro, Goupil, Apou, Mef, Péyou, Laveur, Belette, autant de surnoms qui sont vifs à ma mémoire, tous curés, alors que j’ai si peu de souvenance des profs laïques qui peuplaient aussi nos heures. Chaque père avait sa personnalité, toujours très marquée et, nous l’avons vu, parfois très odorante. Prenons Péyou, par exemple : c’était un hyper mnésique placide, prof de latin en quatrième et qui portait l’été de ridicules bermudas bleus sous sa soutane luisante, dont il oubliait régulièrement de boutonner la moitié des boutons. Son esprit était à jamais perdu dans les vers de Virgile, ou l’épopée de la Guerre des Gaules : il en connaissait tous les méandres, s’en nourrissait sans doute, et nous les régurgitait brillamment. « Prenez vos Lettres Latines (5oo pages) page 142, chap. 2, verset 48 : Ovide nous dit : … » Et le Péyou nous récitait les vers désignés, sans évidemment le moindre bouquin devant lui ! Pour nous amuser, il nous proposait aussi parfois de désigner nous-mêmes le passage ; sans jamais se tromper. | 585989 Publié le 19/11/2002 à 21:40  Le plus remarquable était « Nanar », chanoine et père supérieur du navire, omnipotent capitaine dont la seule présence en classe glaçait d’effroi l’ensemble du public, profs et curés confondus. Sa simple présence dans un couloir créait un silence respectueux, plusieurs encablures en aval, autant en amont. J’ai eu l’honneur et l’avantage de me régaler de sa dernière année de philosophie, avant la retraite ; il nous parlait des choses de la vie avec une simplicité biblique, l’œil amical mais acéré, toujours prêt à rire ou à vitupérer. Un jour, un pote épuisé par je ne sais quoi s’était endormi sur sa table. Nanar, sans le réveiller et de sa voix la plus chuchotante, nous conta cette anecdote : « Clémenceau visitait un ministère ; les bureaux sont ouverts devant le Tigre, les uns après les autres,… tous affreusement vides ! Au bout d’un temps, on trouve dans un bureau un fonctionnaire à son poste, endormi, hélas… les chefs et sous-chefs se précipitent, mais Clémenceau les retient : ne le réveillez pas, il partirait… » Le pote réveillé par nos éclats de rire n’a jamais profité de ce bonheur, mais, après nos récits, l’a profondément regretté. Nanar nous tutoyait lorsqu’il s’adressait à la classe entière, pour nous dire : « Tu comprends, tu penseras ce que tu veux, mais moi j’ai le droit de te dire que Malraux est un atrabilaire nerveux, et que Sartre est un atrabilaire visqueux. Et n’importe quel adulte qui te dirait que tu dois construire TA conviction sans te faire honnêtement part de la SIENNE est un imposteur ! » Quand Nanar nous voussoyait, c’était individuel et vachement inquiétant… ……. | 634723 Publié le 19/11/2002 à 21:42  mmmmmmmhhhhhhhhhhh je suis bien | 585989 Publié le 19/11/2002 à 21:44  merci à tous... teneref, je suis honnête: je trouve mon "style", si j'en ai un, beaucoup trop "ramassé", sans souplesse, abrupt. Tu es trop aimable d'aimer.... | 585989 Publié le 20/11/2002 à 01:06  Par ailleurs, le Nanar en question, quand je suis revenu le trouver, bêta, trois ans après, pour lui demander de me marier, il m’a vertement rappelé à sa fonction : si tu as un vrai projet, je suis à toi ; si tu me prends pour un pot de fleurs, passe ton chemin ! Merci, prof, de cette dernière leçon d’authenticité. Dans mon autre vie, celle qui fut ma femme fut tétanisée par ce contact si véritable et ne prit jamais pour un un tel homme, rayonnant. Pas d’autre terme. Et si nous revenions à des choses plus drôles : Madame Letacot , prof d’anglais paumée dans notre cercle, appréciait mon aisance dans cette langue que je pratiquais régulièrement, en Irlande (voir par ailleurs) et s’amusait de mes intonations de Kilkenny. « Carlow, s’amusait-elle à répéter, vous avez un accent irlandais à couper au coteau ! », tout en reconnaissant que j’étais son meilleur élève. Mme Letacot ressemblait à Marianne Faithfull : coupe à la Stone, jeune et frondeuse. Or, il se trouve qu’à cette époque je pratiquais l’équitation ; aucun rapport ? ben si : suite à une malencontreuse chute, je fus (momentanément, bien sûr) privé de mes deux ratiches de devant. Au cours qui suit : « Carlow, que vous est-il arrivé ?? » Le cloître peut raconter que je n’étais pas que son meilleur élève : sa langue vérifia que mes dents manquaient…. Je les ai retrouvées, merci…. | 585989 Publié le 20/11/2002 à 01:09  chuis lycanthrope et c'est pleine lune, c'te nuit... | 519142 Publié le 20/11/2002 à 06:37  mince avais pas repéré la lune, comprends mieux Zoubi°°° | 671261 Publié le 20/11/2002 à 17:42  Je devrais me mettre a noter mes anecdotes des maintenant, quoique rien n arrive a la cheville de cette histoire...pour linstant *{¤=¤}* | 585989 Publié le 20/11/2002 à 17:47  Je dois passer à autre chose, sinon je n’en finirai jamais de raconter St-Théo ; le nombrilisme a de ces exigences… …. Juste un dernier mot pour expliquer Roro : connu en sixième, en 1966, donc, il est toujours mon meilleur ami et nous vivons à 8 kms de distance. Trente-six ans de vie n’ont pas réussi à nous séparer, et le regard de l’un pour l’autre est toujours aussi chaleureux… Nos mères respectives nous ont même crus homos, jusqu’à ce que nous fondions nos familles. Roro est plus agréable à mon cœur que mes frères, sa femme plus douce que ma sœur. Et les paisibles soirées que nous passons ensemble me rassurent, et lui aussi, quand nous refaisons nos guerres sempiternelles : on s’engueule aussi souvent que l’on s’embrasse ; c’est à dire très rarement, pour les deux. Il est mon contraire, mon complément, mon indispensable ; je suis son Montaigne, il est mon La Boétie. A plus… | 377116 Publié le 20/11/2002 à 18:27  j adore ces souvenirs de classe... :o) | 377116 Publié le 20/11/2002 à 19:20  bravo m sieur!!! ( depuis que je sais qu il est chef à l école...) :o) | 519142 Publié le 20/11/2002 à 19:42  coincidence de la vie, en 6ème je fis la connaissance de celle qui est plus qu'une jumelle pour moi. Nous arrivons même à tomber malade ensemble. Quand j'ai quitté Paris, elle fut un long moment fâchée, mais nous nous sommes mariées en même temps, avons fait les enfants à 6 mois d'intervalle et les congés scolaires nous sont réservés. L'amitié. | 634723 Publié le 24/11/2002 à 20:52  est ce que la vie de carlow s'arrête là? moi j'avais encore envie de lire la suite... |
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